Résolution - L'amiante canadien, une préoccupation mondiale

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Préambule:

L'épidémie internationale de problèmes de santé et de décès attribuable à l'exposition à l'amiante fait rage depuis des décennies. À mesure que les pays occidentaux ont tenté de contrôler les expositions nocives en mettant en œuvre des interdictions sur l'utilisation de l'amiante (y compris l'amosite, la crocidolite et le chrysotile), les producteurs d'amiante mondiaux ont ciblé les consommateurs dans les pays en développement.

Présentement, le Canada est le deuxième exportateur mondial de chrysotile (amiante blanc), vendant cette matière cancérigène de classe 1 à des pays qui ont peu ou pas de mesures de précaution, où il est utilisé par des travailleuses et travailleurs mal formés et non informés qui n'ont aucun accès à des soins médicaux ou à des prestations de maladie. Bien que les parties intéressées par l'amiante du Canada affirment que l'on peut utiliser le chrysotile sans danger dans des conditions « contrôlées », le Canada exporte plus de 95 % de tout l'amiante qu'il produit; les critiques suggèrent que le principe canadien de « l'usage contrôlé » est une tentative hypocrite de profiter de l'exportation d'une matière trop dangereuse pour être utilisée au pays. En défendant ce double standard, les intérêts canadiens font la promotion d'un racisme professionnel et environnemental dans les pays consommateurs d'amiante.

Il est résolu que:

Compte tenu du taux de décès en hausse attribuable à l'amiante, les personnes déléguées à la conférence L'amiante canadien : une préoccupation mondiale encouragent les gouvernements fédéral et régionaux du Canada à renoncer à appuyer l'industrie de l'amiante et à retirer toute aide financière et politique à l'Institut de l'amiante, l'organisme basé à Montréal qui orchestre le soutien mondial de l'amiante chrysotile depuis le milieu des années 1980. Qu'il soit en outre résolu que le gouvernement canadien se joigne immédiatement à l'interdiction mondiale sur l'utilisation et l'importation d'amiante. Qu'il soit en outre résolu que puisque que le gouvernement canadien a joué un rôle direct pour soutenir l'industrie mondiale de l'amiante, il doit prendre ses responsabilités pour le mal fait aux travailleuses, aux travailleurs, à leurs familles et à leurs collectivités où l'amiante canadien a été utilisé. Cette responsabilité inclut les ressources financières nécessaires pour la santé et l'indemnisation des victimes de l'amiante et une aide pour la transition équitable des personnes qui travaillent dans les industries qui utilisent l'amiante canadien. Qu'il soit enfin résolu que la conférence amorce le processus de négociation pour une entente adoptée par les Nations Unies visant l'interdiction mondiale de l'amiante. Cet accord serait négocié dans le cadre du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PUNE).

Recommandations:

Nous souhaitons faire les recommandations suivantes à l'Organisation internationale du travail, à l'Organisation mondiale de la santé, aux Nations Unies, à l'Union européenne et à tous les gouvernements nationaux:

INTERDICTION D'UTILISER L'AMIANTE: L'utilisation de l'amiante sous toutes ses formes devrait être interdite dans les pays développés et en voie de développement; l'information objective sur les remplacements plus sûrs est nécessaire pour contrer la propagande de l'industrie comme celle répandue en Inde sur les « vertus du chrysotile » par l'Asbestos Cement Products Manufacturers' Association. Aucune des « vertus du chrysotile » ne peut excuser l'utilisation continue d'une matière aussi dangereuse. L'influence du Canada a servi à faire obstacle aux efforts faits par d'autres pays pour interdire l'utilisation de l'amiante. Certaines autorités canadiennes encouragent l'utilisation de l'amiante dans les composés d'asphalte servant à la réfection des routes afin de générer des ventes pour l'industrie de l'amiante locale qui bat de l'aile. Au nom de la santé professionnelle et de la sécurité publique, ces pratiques doivent cesser.

MINIMISATION DES RISQUES: L'étiquetage des produits de l'amiante contenu dans toutes les infrastructures nationales devrait être obligatoire.
· On devrait faire appel aux groupes d'experts nationaux et aux travailleurs qui ont une expertise dans la réduction des expositions à l'amiante pendant les travaux de maintenance, de reconstruction et de démolition afin d'identifier les protocoles approuvés; ces protocoles doivent être appliqués.
· La recherche sur les procédures pour la mise au rebut des déchets contaminés par l'amiante est nécessaire. Tous les pays devraient ratifier la Convention de Bâle qui classifie l'amiante comme un déchet dangereux.
· L'OIT et l'OMS doivent adopter les recommandations sur le « chrysotile » (Programme international sur la sécurité chimique - Document 203 sur l'amiante chrysotile, 1998) conformément à la décision prise par de nombreux pays pour interdire l'amiante.
· Il faut encourager l'OIT et l'OMS à mettre à jour les mesures liées à l'amiante comme la convention 162 de l'OIT (adoptée en 1986!) et le Critère 203 sur le chrysotile, conformément aux interdictions visant l'amiante adoptées par de nombreux pays.

UNE PLUS GRANDE CONSCIENTISATION: Les campagnes pour sensibiliser les gens davantage aux dangers de l'amiante doivent être élaborées pour le public et les secteurs de la main-d'œuvre qui y sont exposés. Les syndicats ouvriers et les ONG ont un rôle essentiel à jour dans le processus d'information; les professionnels de la médecine ont l'obligation éthique de diffuser la connaissance sur ces problèmes.

INFORMATION: L'information sur les mesures de remplacement plus sûres et les expériences nationales d'implantation de technologies sans amiante doivent être partagées. Comme les produits en ciment-amiante comptent pour 90 % de tout l'amiante utilisé, il est de la plus haute importance de diffuser des renseignements précis et indépendants sur les produits de remplacement. L'OIT et l'OMS devraient produire et distribuer de la documentation sur ces sujets.

RECHERCHE: Nous avons besoins de fonds, de toute urgence, pour le développement et la mise en œuvre d'approches sur le plan diagnostic et thérapeutique pour les maladies liées à l'amiante.
· Les engagements pour contrôler le fardeau actuel de maladies liées à l'amiante, la mise à jour des prévisions épidémiologiques et le contrôle médical des populations exposées sont nécessaires, et ce de manière urgente; l'établissement de registres nationaux sur les mésothéliomes devrait être une priorité.

INDEMNISATION: Les lois ou les procédures pour indemniser les victimes, y compris les victimes témoins, des maladies liées à l'amiante doivent être approuvées. Les gouvernements doivent jouer un rôle positif pour assurer le contrôle médical si les employeurs ne le font pas.

TRANSITION ÉQUITABLE: Lorsque la mise en œuvre d'une interdiction d'utiliser l'amiante entraîne le déplacement de la main-d'œuvre, une politique de « transition équitable » (similaire à la politique du Congrès du travail du Canada sur la transition équitable) devrait être adoptée pour sauvegarder le revenu, l'emploi et le bien-être des personnes affectées et de leurs collectivités. Il faudrait élaborer des programmes pour garantir une rente à toutes les travailleuses et à tous les travailleurs déplacés de l'industrie de l'amiante du Canada; il faudrait leur offrir, ainsi qu'à leur famille, un programme de soins de santé. Les anciens travailleurs de l'amiante devraient pouvoir travailler, s'ils choisissent de le faire, tout en recevant leur pension; leur expertise pourrait être mise à profit pour décontaminer les édifices et les secteurs affectés.

RESPONSABILITÉ DES ENTREPRISES ET OPÉRATIONS DES MULTINATIONALES DE L'AMIANTE: Les entreprises engagées dans l'utilisation de l'amiante devraient être tenues responsables en vertu du code civil et du code criminel. L'application, par les multinationales, d'un double standard dans le traitement des travailleurs, des consommateurs et du public, hommes et femmes, dans les pays développés et en voie de développement doit être dévoilée et il faut y mettre fin; les multinationales engagées dans l'exploitation de l'amiante et dans la commercialisation et l'utilisation de produits de l'amiante devraient prendre leurs responsabilités d'indemniser les victimes de l'amiante et de nettoyer les secteurs contaminés.
· Dans nombre de pays en développement, les multinationales vendent les intérêts de l'amiante à des entrepreneurs locaux impitoyables et puissants; l'OIT et l'OMS devraient discuter des problèmes de l'amiante directement avec les gouvernements nationaux.

Adopté le 13 septembre 2003 à Ottawa, Canada